JOURNAL DU CONFINEMENT [J3] | ATTENTION AUX FAKE NEWS !

JOURNAL DU CONFINEMENT [J3]
HOMO SAPIENS AIME LES INFOX (FAKE NEWS)

Confinement – J3

Le 18 mars 2020 | pour casser l’ennui parlons des FAKE NEWS.

Je n’ai même pas besoin de chercher des sujets, le quotidien m’en apporte beaucoup. L’embarras du choix! Je vais essayer à m’attaquer aux Fake news ou infox

Depuis le début de l’épidémie, j’ai reçu un nombre incalculable de messages sur WhatsApp, Messenger, email et sans oublier Facebook, YouTube et Twitter, autour de ce que l’on pourrait appeler: la théorie du complot

Ce matin, en pleine téléconsultation avec des patients confinés et déjà débordés par des enfants qui couraient autour, j’ai reçu un message, très bien intentionné « Voila pourquoi… »  et ensuite ce fameux document PDF (vous ne l’aurez pas bien évidemment)avec le titre :

« NOUVELLE SOUCHE DE CORONAVIRUS ASSOCIEE AU SRAS ET SES APPLICATIONS. »

Il s’agirait d’un brevet, qui aurait été déposé.J’ai voulu en savoir plus pour remonter à la source et je suis arrivé sur cette vidéo sur Facebook et YouTube.
Je ne vais pas essayer de donner des arguments pour combattre l’idée pour deux raisons:

  1. c’est complètement idiot de penser que des chercheurs français de l’Institut Pasteur seraient à l’origine de cette épidémie! Si on peut dire que c’est malin pour celui qui a lancé l’alerte, c’est très con d’y croire, ne serait-ce qu’une seconde et surtout irresponsable de la partager ensuite.
  2.  bien que je sois médecin, je ne suis pas expert en virologie ni en maladies infectieuses. Je laisse la parole à ceux qui connaissent ce domaine, qui y travaillent depuis des années.

C’est Olivier Schwartz, directeur scientifique de l’Institut Pasteur qui explique pourquoi cette annonce est « une fake news tout à fait fantaisiste » :

« L’Institut Pasteur n’invente pas de virus, mais au contraire travaille sur les virus émergents pour les caractériser, produire des diagnostics, traitements et vaccins. »

Quelles que soient les motivations du lanceur d’alertes, il y a eu un nombre vertigineux de partages qui a déclenché une réaction en chaîne avec de très nombreuses publications, vidéos pour le démentir.

A réception du message, j’ai réagi un peu brutalement, à chaud et voici ma réponse de soignant.

Cher « Contact »,
Nous vivons une crise sans précédent avec beaucoup d’inquiétude et de détresse.
Les fausses rumeurs sont partout. Face à la crise actuelle, toute diffusion d’informations qui ne vont rien apporter en terme de solutions est dommageable, inutile et dangereuse. Pour en sortir nous avons besoin d’établir des liens encore plus forts!
Toutes ces fausses informations, les infox, vont détruire le minimum de socle commun dont nous avons besoin pour nous en sortir.
Les nouvelles qui nous parviennent des hôpitaux alsaciens sont terribles! Mais surtout, des soignants ont contracté le coronavirus. Certains sont même gravement malades!
Partout en France, des soignants qui sont en première ligne, eux aussi sont maintenant infectés.
Tous ces soignants, aides soignantes, infirmières, médecins … qui vont soigner des malades, et risquent peut-être de vous soigner (ce que je ne vous souhaite pas) sont trop fatigués pour se poser ces questions sur le complotisme. Trop inquiets quand ils laissent leurs enfants à la maison ou à la crèche pour aller travailler.
Tous ces soignants qui ont été méprisés par les politiques de tous bords, par les journalistes en quête d’audimat sur les chaînes publiques de télévision (on ne les voit plus), n’ont pas le temps de diffuser ces infox venues d’ailleurs.
Tous ces soignants qui ont perdu depuis longtemps la reconnaissance de très nombreux patients.
C’est très facile d’être chez soi, avec des provisions pour des semaines, bien planqué dans son fauteuil avec Netflix, Facebook et YouTube à volonté, de se désennuyer en partageant toutes ces fausses rumeurs.
La priorité aujourd’hui est à la cohésion, à l’entraide et à la bienveillance pour s’en sortir!
Nous avons tous besoin les uns des autres!
Le temps pour se poser les bonnes questions viendra, pour tous, car le système doit changer.
Dans ces moments difficiles pour nous tous, si vous n’êtes pas obligé d’aller travailler, d’aller rendre service aux autres, il n’y a qu’une chose à faire:
#NESORTEZPAS
Et je compléterais avec:
#ARRETER_DE_PARTAGER_DES_INFORMATIONS dont vous ne connaissez pas la source. Votre niveau d’expertise en la matière est proche de la mienne sur la saison des mouches en chaleur. Et si vous ne savez pas quoi faire de votre temps, appelez vos voisins, votre famille et vos proches. Ce sera plus utile!
Il viendra aussi le temps de poser des questions et d’exiger des explications:
– pourquoi la santé n’a pas été une priorité?
– pourquoi on a supprimé des lits de réanimation?
– pourquoi la médecine doit être absolument rentable: oui, le taux de remplissage n’était que de 80%, en vertu des calculs savants des économistes de la santé, mais qui aujourd’hui sont rassurés que les soignants soient là, au cas où. Des économistes et politiques qui n’ont aucune idée de ce que veut dire le verbe »soigner » mais qui connaissent à merveille le « faire des économies »
– pourquoi le salaire d’une aide soignant est à peine plus que le SMIC
– pourquoi le salaire pour une infirmière sortant de l’école c’est la même chose
– pourquoi je paye plus cher mon coiffeur (avec tout le respect que j’ai pour lui) qu’une consultation médicale.
Et la liste des pourquois est longue.
Je vous remercie pour votre compréhension et implication!
Avec toute ma considération

La neurobiologie du cerveau et les fake news

Après ce coup de gueule, voici ce que nous disent les experts et les chercheurs en neurosciences, les psychologues cliniciens et neurobiologistes. Quel est le mystère des mécanismes cognitives de propagation des fake news?

This photo was taken at the LAX protest against Trump’s muslim ban.

Homo sapiens a le plus grand cerveau parmi les humanoïdes. Plus grand que les grands singes ou que celui du dauphin. Et c’est grâce à (ou à cause de) notre cerveau qu’Homo sapiens, en tant qu’espèce avec les individus les plus frêles, les moins forts, les plus fragiles, courant le moins vite, a réussi à quasiment exterminer la plupart des autres mammifères. Nous sommes plus de 7 milliards et en même temps la plupart des grand singes, nos cousins les plus proches en terme d’ADN, ne subsistent que dans les zoos ou, pour quelques individus, dans des endroits protégés en Afrique, le berceau de l’humanité.

Tout ça c’est grâce à notre cerveau, car c’est notre intelligence qui compensé les faiblesses physiques. En effet notre cerveau est social par excellence. Nos cerveaux ont besoin les uns des autres, ils fonctionnent en réseaux.

Albert Moukheiber psychologue clinicien et chercheur en neurosciences écrit :

« Le cerveau est le seul organe qui s’est nommé lui-même. Chapeau au cerveau!

Dans un très bon livre qui s’appelle « Votre cerveau vous joue des tours« , il explique de manière simple et pédagogique le fonctionnement du cerveau et notamment l’approche heuristique ainsi que les biais cognitifs. 

La consultation de sexologie | laboratoire grandeur nature des infox.

C’est en tant que sexologue que j’ai commencé à m’intéresser aux fausses croyances, qui ont motivé la publication d’un livre sur les fausses idées dans la santé masculine:

Toute la journée en consultation, je combats les idées reçues diffusées par des sites marchands -qui vont vous vendre des élixirs pour vous agrandir le sexe en 10 jours (quelle idée?!) – et de plus en plus par des faux-savants et pseudo-experts. Cela fait plusieurs mois que je travaille sur le sujet et ça tombe bien car, avec cette épidémie, les fausses rumeurs connaissent un terrain propice.

Notre cerveau a besoin de comprendre, il a besoin de se raconter une histoire.

Nous pensons tous que la vie, c’est autour de nous, alors qu’en réalité tout se passe dans le cerveau. Les images que nous percevons ne sont pas dans les yeux mais bien dans le cerveau. Vous ne pourrez pas visionner les images d’un appareil photo prises sans une carte mémoire, car sans le support physique de l’information,l’image n’existe pas.

Ces perceptions, une fois arrivées dans le cerveau, vont être analysées, interprétées pour leur donner du sens afin de créer une histoire. Pour sa cohérence, le cerveau a besoin de comprendre, de se raconter une histoire, le cerveau étant un prolifique et merveilleux fabricant d’histoires !

En réalité, c’est une stratégie évolutionniste afin de permettre au cerveau, en tant que commandant en chef, de prendre des décisions cohérentes, rapides et plutôt efficaces. Car le monde est très complexe, et tout va très très très vite autour de nous. Si chaque fois que nous devons réaliser le moindre geste ou prendre la plus banale des décisions, le cerveau avaitbesoin de réfléchir et de calculer, notre réponse serait trop tardive et inadaptée. Et notre survie en danger!

Si notre cerveau va très vite, il fonctionne de manière approximative. C’est ce qu’en psychologie cognitive on appelle un fonctionnement heuristique car nous n’avons pas le pouvoir de calcul d’un super ordinateur. C’est pourquoi notre pensée est aussi réductionniste et simpliste.  Or la vie est tout sauf simple et linéaire. Tout ne se réduit pas à des liens « cause unique – effet unique ». La vie et le vivant sont des phénomènes très complexes. Même avec le fonctionnement rationnel de notre cerveau, notre pensée linéaire n’arrive pas toujours à les comprendre.Nous avons besoin de tout simplifier car nous n’avons pas les fonctions cognitives nous permettant d’appréhender ces phénomènes dans leur complexité.

Sans parler de l’épidémie actuelle, l’incendie de NOTRE-DAME c’est-à-dire un évènement multifactoriel, a aussi permis l’élaboration de théories complotistes, à la fois simples et crédibles, parce que notre intelligence ne nous permet pas de comprendre le phénomène.

Notre cerveau complète le puzzle s’il y a des pièces manquantes.

Si notre cerveau ne dispose pas des éléments crédibles, de son point de vue, pour créer une histoire cohérente et fluide, il va la compléter. Et si,quand nous avons besoin de comprendre, les explications fournies ne sont pas à la hauteur de nos exigences, nous fabriquons l’histoire qui nous arrange, et nous sommes prêt à sacrifier la réalité et l’adapter à ce que nous pensons.

Nous ne réfléchissons pas avec notre cerveau mais avec nos tripes.

On avait pris l’habitude de séparer l’émotionnel du rationnel.  Cette séparation catégorique est sans aucun doute, simple et simpliste. C’est grâce aux travaux et aux intuitions d‘António Damásio, professeur de neurosciences d’origine portugaise (appelé également le mage du cerveau), que les neurosciences ont fait un grand pas dans la compréhension des mécanismes et du lien entre les deux aspects inséparables du fonctionnement du cerveau.

Sans entrer dans les détails, selon António Damásio toutes nos pensées que nous croyons rationnelles ont également toujours une explication émotionnelle. Bien sûr, le lien n’est pas forcément évidement en première lecture, mais il est toujours là. Et face à des phénomènes qui créent du stress et de la peur, notre rationalité perd en fiabilité.

Autrement dit plus on a peur plus on est con!

La fable du mont de la stupidité et le vestige du désespoir.

 Le plus souvent, chaque fois que notre cerveau s’attaque à un sujet nouveau, passionnant, on commence par un pic de confiance en soi : finalement ce n’est pas assez compliqué. Le problème est que si nous passons ce pic de confiance, on commence à décrypter l’immensité de la tâche et surtout les limites de notre compréhension. Nous allons rentrer dans une phase de perte de confiance. Et en réalité, c’est à ce moment-là que le vrai travail doit commencer.

Schéma représentant la courbe d’apprentissage d’une compétence par rapport à l’auto-évaluation dans cette compétence.

C’est un phénomène classique de l’apprentissage qui commence par un pic de confiance sans aucune justification. Des chercheurs ont définis un effet Effet Dunning-Kruger.

L’effet Dunning-Kruger, aussi appelé effet de surconfiance, est un biais cognitif selon lequel les moins qualifiés dans un domaine surestiment leur compétence.

En pratique, notre cerveau dans la phase d’apprentissage commence par une illusion énorme: nous pensons que nous somme capables de comprendre le monde bien plus que nous ne le comprenons en réalité. Ce phénomène classique d’apprentissage est valable pour tous : les jeux vidéos, les YouTubers, les bricoleurs du dimanche, l’apprentissage des langues, les étudiants en début d’année, les patients experts, les journalistes experts, les animateurs de télévision. Ce qui explique d’ailleurs le succès des tutos sur internet. Il suffit de lire quelques tutos pour devenir un expert. Pourquoi ne pas se faire soi-même une vasectomie si on trouve que c’est si facile! Des tutos existent!

Mais au fur et à mesure ,si on persévère dans le processus d’apprentissage,  le désespoir nous paralyse assez rapidement. On réalise les limites de nos connaissances et de l’énormité de ce qui nous reste à ingurgiter. C’est la descente vers la vallée de l’humilité et c’est à ce moment que nous commençons le vrai travail. Le problème qui se pose, est que la plupart des experts restent dans ce pic de confiance en pleine montagne de la stupidité!

« L’ignorance engendre plus fréquemment la confiance en soi que ne le fait la connaissance » Charles Darwin

Cette citation de Michel Audiard est très connue:

« Les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît.  »

Et grâce aux réseaux sociaux, on est capable de mettre nom, prénom et photo dessus!

FAKE NEWS | Qui sont tombés dedans?

Nous sommes très nombreux à croire qu’il y a une relation mathématique entre l’intelligence et la propension à tomber dans le piège des fake news. C’est totalement faux!

Quel que soit notre niveau social, culturel, éducationnel nous pouvons à tout moment moindre à l’hameçon. C’est pourquoi, il n’y a aucune chose à faire : douter en permanence de nos intuitions, de nos certitudes et de nos pensées. Nous devons toujours faire attention et ne pas réagir à chaud avec nos tripes. Nous devons laisser du temps pour que l’émotion retombe. Il ne faut jamais réagir très rapidement au risque de blesser. En réalité le message du « contact » que je vous ai retranscrit plus haut n’a jamais été envoyé sous cette forme. C’était un très très court message, amical et bienveillant tout en parlant positivement du travail extraordinaire des soignants dans cette crise majeure que l’humanité traverse.
Je vous invite vous aussi à lire, filtrer, discerner. Vérifiez vos sources! S’il vous plaît, ne partagez des informations négatives qui ne font qu’augmenter l’angoisse et le stress. Cela ne sert à rien.

Douter de soi-même, c’est l’arme fatale face aux Fake News!

Apportez votre contribution à la cohésion sociale dont nous avons besoin.

Hupertan

MD, Urologue Sexologue à Paris

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