Confinement | « Que l’on revoit physiquement les gens »

Confinement | « Il faut revoir à nouveau nos patients !»

C’est le résumé de la réaction du  Dr Thierry Charpentier, Médecin généraliste à Thouars, qui réagissait ce mardi 28 avril dans  le journal Ouest-France, aux annonces du Premier ministre sur les conditions du déconfinement.

Il est important que l’on revoit physiquement les gens. Les cabinets médicaux seront d’ailleurs mobilisés.

Quelle stratégie pour le reprise de l’activité médicale?

Après des semaines durant lesquelles nous avons adapté l’activité dans nos cabinets et dans les blocs opératoires au contexte d’extrême urgence du début de la crise, le moment est venu pour rouvrir nos cabinets et d’envisager les modalités pour le reprise des soins. Il est urgent de définir une stratégie médicale, de reprise d’activité pour assurer la prise en charge diagnostique et thérapeutique de nos patients. En détaillant le plan de déconfinement, il y a eu très peu de détails sur la reprise de l’activités médicale. A peine a-t-il été question des médecins généralistes.

Durant cette allocution de plus d’une heure, le rôle des médecins généralistes (qui ont ces derniers jours réclamé d’être largement impliqués dans le déconfinement) n’a été évoqué qu’une seule fois. Assurant qu’un « travail d’identification et de test de tous ceux, symptomatiques ou non, qui auront été en contact avec des personnes testées positives » serait réalisé, Édouard Philippe a précisé que celui-ci ne pourrait être réussi « que grâce à la mobilisation des médecins généralistes et des infirmières libérales ».

Les revoir nos patients – OUI! Mais pour mieux les soigner il faut aussi les protéger et les informer.

Commençons avec le début: le COVID-19. Il faut identifier nos patients à risque!

Identifier les patients à risque

Nous, médecins,  sommes dans l’obligation d’identifier les patients avec des facteurs de risque de forme grave de COVID-19, qui seraient:

  • Age > 65 ans, risque accru si >85 ans +/- vivant en institution
  • Diabète
  • Maladie pulmonaire chronique
  • Maladie cardiaque sévère
  • Obésité

En attentant le déconfinement, il est important de faire le tri des patients avec des pathologies prioritaires et notamment la cancérologie.

N’oublions pas que: Le cancer tue plus que le COVID-19!

Le premier impératif est d’éviter la surmortalité et la morbidité induites par des retards de prise en charge, notamment en cancérologie urologique. Et la téléconsultation n’est pas adaptée. Il faut les voir au cabinet, les écouter, les rassurer, les soigner.

C’est pourquoi, la consultation en présentiel des patients identifiés, les plus fragiles et à risque est importante.

Quand vous avez une demande de consultation avec un PSA à 100!!!, que peut-on faire d’autre qu’aller au cabinet pour l’examiner, rassurer et organiser?!

La médecin et la chirurgie fonctionnelle

La (quasi) totalité des interventions ont été reportées. Et cela n’est pas sans poser  problème, en sachant qu’il nous manque la visibilité pour une reprise. La hiérarchisation des actes en chirurgie fonctionnelle prend toute sa place. Et il faut éviter les conséquences fonctionnelles et les complications conséquence d’un éventuel retard.

Si un patient a un implant pénien cassé, avec une fuite de liquide en dehors de la prothèse, à part le risque infectieux ,il y a aussi le risque fonctionnel!

Ce risque est à éviter par une chirurgie différée. Pour cela, une hiérarchisation des actes selon un référentiel validé, est importante.

Le rôle du médecin dans sa relation avec son patient

Nous avons aussi la responsabilité de nos patients. Personne ne connait mieux que nous même le contexte global du patient. Les instances de nos société savantes et de nos organisations syndicales nous l’ont rappelé :

Nous tenons à rappeler que les urologues sont seuls à même de poser leurs indications opératoires et d’en évaluer le rapport bénéfice/risque avec le patient dans le respect de l’environnement dans lequel ils exercent tant d’un point de vue épidémique que de la disponibilité des médicaments.

Coopération chirurgien-anesthésiste

Déjà avant la crise, la prise en charge chirurgicale, faisait l’objet d’une collaboration étroite avec les médecins anesthésistes. Cette collaboration devient encore plus importante.

Information du patient

Le patient doit rester au centre de nos préoccupations et son information sur le bénéfice/risques spécifiques lié à l’épidémie est importante. Sans oublier l’importance de la traçabilité, le risque médico-légal est également important.

L’environnement des établissements de sante: personnel, lit d’hospitalisation et médicaments

Dans nos blocs opératoires, nous risquons aussi de rencontrer des problèmes de personnel, des places d’hospitalisation et en dernier lieu, de médicaments utilisés en anesthésie. Le recours fréquent à l’intubation en réanimation a pu créer une pénurie temporaire en curares, même si ce problème commence à être réglé.

Le problème le plus aigu se pose en terme de place en hospitalisation. En termes de lits d’hospitalisation, la suppression des chambres seules semble être déjà actée.

Et clairement, les délais d’attente vont progressivement s’allonger. A terme, le système de santé français va « rattraper le retard » de NHS (le système de la santé publique du Royaume-Uni.) ou les délais d’attente pour certaines opérations « bénignes » se comptent en mois!

Ne pas oublier: le COVID-19 circule toujours!

Mais cette volonté de rattraper le retard de prise en charge ne doit pas nous faire oublier les règles renforcées de distanciation sociale tout comme les mesures barrières.

 

Hupertan

MD, Urologue Sexologue à Paris

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