Bonne année 2021 et que du bonheur! Mais c’est quoi le bonheur?

Bonne année 2021 et que du bonheur!

Qu’est-ce que c’est le bonheur?

Avec le passage en 2021, et comme le veut la tradition, nous avons reçu et envoyé de très nombreux messages pour les vœux du Nouvel An. Difficile d’être innovant et de sortir des classiques. Après avoir essayé plusieurs formules, j’ai demandé à ma fille ce qu’elle en pensait. Compte tenu de sa jeunesse ,de son esprit critique , sans oublier son caractère, elle m’a répondu: c’est ringard, c’est dépassé, c’est nul ! Finalement, j’ai opté pour le très simple «  le meilleur ». Ainsi, chacun pourra mettre ce qu’il souhaite de meilleur pour lui -même en 2021!

BONNE NOUVELLE, l’année 2020 est finie!

Pour la plupart de mes amis et de mes connaissances, l’année 2020 a été une année difficile. Même si certains en ont profité pour changer leurs priorités, se recentrer sur l’essentiel, donner un sens nouveau à leur vie, écrire, apprendre, travailler différemment, l’année fut bouleversante et compliquée.

BONNE NOUVELLE, l’année 2020 est finie!
A Paris, les panneaux de la station de métro Bonne Nouvelle fêtent la fin de 2020. RATP

De mon côté, j’ai reçu de la part de mes amis, leurs « vœux de bonheur », « que du bonheur pour la nouvelle année », « tout le bonheur du monde », « bonheur et prospérité », « Plein de bonheur, de réussite… ».

Mais qu’est-ce que c’est le « bonheur »? Et surtout, quelle est la définition du « bonheur » en ce  moment si singulier de l’histoire, la période COVID?

On pourrait s’inspirer des philosophes de l’Antiquité, comme Aristote et Epicure, qui opposaient le bonheur qui est censé être durable au plaisir, qui lui est passager. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Bonheur)ou bien suivre Montaigne, Pascal, Spinoza ( le philosophe de la joie), Rousseau, Kant….

Sur le plan étymologique, le mot « bonheur » vient de « bon » et «eür», la forme en ancien français du latin « augurum » (quelque chose qui annonce un événement favorable).

Pour éviter une approche trop philosophique et être ancré dans l’actualité, j’ai choisi comme référence Boris Cyrulnik. Pour ceux qui ne le connaissent pas,  Boris Cyrulnik est un neuropsychiatre et psychanalyste connu pour avoir vulgarisé le concept de « résilience » (renaître de sa souffrance).Contesté par certains, mon choix de trouver une inspiration dans ses conférences dépasse largement mon adhésion au concept de résilience

En 2020, qui fut pour beaucoup d’entre nous une annus horribilis, Cyrulnik  est intervenu à plusieurs reprises dans les média pour parler de traumatisme du confinement, en identifiant les plus vulnérables d’entre nous. Mais surtout, il a rassuré M. et Mme Sapiens dans leurs capacités à traverser cette épreuve et à inventer un nouveau modèle. 

Au gré de mes déambulations sur la toile et notamment sur Youtube, j’ai  également trouvé 2 vidéos que je vous conseille vivement d’aller visionner, en complément de l’article.

Un merveilleux malheur

La définition du bonheur est inexorablement liée au malheur, les deux fonctionnent ensemble.

 » Pour trouver le bonheur, il faut risquer le malheur. Si vous voulez être heureux, il ne faut pas chercher à fuir le malheur à tout prix. Il faut plutôt chercher comment – et grâce à qui- l’on pourra le surmonter. » (B.Cyrulnik)

En d’autres termes, comment savoir ce qu’est le bonheur si on ne connait pas le malheur?

Il faut alors distinguer le bonheur immanent, le bonheur du quotidien, que personnellement j’assimilerais plutôt à la notion de plaisir (passager), et le bonheur transcendant qui implique de se mettre à l’épreuve. Si on triomphe de l’épreuve, on obtient le bonheur d’avoir surmonté la souffrance. Depuis le début de la pandémie en 2020, nombreux sont ceux qui ont connus des malheurs. La question qui se pose alors est de savoir si cela va nous aider à révéler au fond de nous un bonheur transcendant ou au moins, des germes de bonheur qu’on ne soupçonnait absolument pas.  

La Covid-19: ou comment l’économie primait sur l’humain

Le bonheur individuel est au centre de la société de consommation. La fragilité des sociétés occidentales réside dans le fait que le bonheur individuel, le bonheur immanent de chaque instant est le but central du modèle. Ainsi on développe notre économie, notre consommation, les technologies, les transports des Sapiens et des marchandises pour atteindre ce bonheur immédiat donc un plaisir immédiat.  Ce modèle consumériste est censé fournir à tout un chacun, si ce n’est la clé , tout du moins les voies qui mènent au bonheur. 

Les différents progrès enregistrés sur le plan économique ont permis une croissance démographique et des périodes de prospérité économique. Mais depuis toujours, les périodes de prospérité économique sont entrecoupées par des crises comme cette pandémie, ou pire, des guerres. 

Plus récemment, la révolution numérique et son produit phare,  l’intelligence artificielle, ont accéléré ces progrès tout en nous laissant miroiter un modèle parfait.

Cette culture de l’économie qui prime sur l’humain est une culture de la réussite de l’individu isolé, sorti de son éco-système. On a créé une société de la performance et de la surconsommation excessive (pléonasme pleinement volontaire).

Peut-être qu’à l’issue de cette pandémie, la société doit se réinventer.

  • Le bonheur de chaque individu ne peut plus être pris en considération sans tenir compte que ce dernier fait partie d’un écosystème donc d’un bonheur collectif.
  • Cela implique forcément une révolution de la pensée, une révolution des valeurs morales et donc un véritablement changement culturel de la hiérarchie de ces valeurs.
  • Il faut limiter la consommation excessive.

Le bonheur s’acquiert et se construit 

Le bonheur n’est pas un dû, il ne s’achète pas, on n’en devient pas bénéficiaire par héritage … mais on le construit. Chez  Sapiens, une espèce essentiellement sociale, le bonheur se construit principalement dans les interactions avec les autres. Tout au long de la vie, grâce à ces interactions, on s’ouvre des chemins qui peuvent nous amener au bonheur. Dans l’enfance, avec l’acquisition de la parole, l’enfant va développer des interactions et s’ouvrira (peut-être) ces voies pour être heureux. Et cela devrait continuer tout au long de la vie. 

La solitude, quel que soit son degré, dans le cercle familial, amical ou professionnel, l’isolement et la précarité sont des facteurs de risque pour la dépression et de facteurs de vulnérabilité face au stress de la pandémie. A contrario, une famille stable, la présence d’amis, un réseau communautaire ou les liens gardés dans le cadre du travail permettent de mieux résister à ce stress.

C’est donc le maintien de ces interactions qui peut nous aider à surmonter l’épreuve et c’est notre capacité (ou incapacité) à garder des liens sociaux positifs qui peut nous préserver. Le confinement a été décidé pour nous protéger physiquement mais a constitué une situation extrêmement anxiogène et une véritable agression psychique. Plus on a pu maintenir et développer des interactions basées sur l’amitié et la complicité, mieux on a traversé la période et surmonté le stress.

Les inégalités face à la crise

Il y a une inégalité face à la crise comme avec le bonheur.  Les facteurs qui protègent ou qui rendent vulnérables sont les mêmes:

  • Une inégalité biologique, ce qui est une évidence
  • Une inégalité psychologique et notamment un milieu familial stable et sécurisant, un cadre professionnel épanouissant et un solide réseau amical
  • Une inégalité sociale – logement, précarité, éducation et instruction.

Mais qu’est-ce qui nous garde en bonne santé et heureux tout au long de notre vie ?

Les réponses à cette question peuvent varier, selon l’âge, l’expérience de vie, les accidents de parcours….et surtout la réponse peut-être biaisée par la mémoire, loin d’être fiable. Une véritable étude scientifique sur le bonheur se doit d’être réalisée de manière prospective, avec une cohorte représentative et une bonne méthodologie et s’étendre sur  60 ans minimum, sans interruption.Difficile d’imaginer que ce soit possible et pourtant, les chercheurs d’Harvard l’ont fait. Ils ont lancé une étude en 1938, sur deux groupes représentatifs d’hommes et avec une évaluation complexe annuelle .724 hommes avaient été inclus à l’adolescence, 60 parmi eux ont été suivis jusqu’à 90 ans. 

Quelles sont les conclusions de cette étude sur 75 ans? Que ni la richesse, ni la célébrité et ni la réussite dans le travail n’apportent le bonheur. 

Les bonnes relations nous rendent plus heureux et en meilleure santé. 

Avec trois leçons:

1. Les interactions sociales rendent les gens heureux, les gardent en bonne santé et la solitude tue!

La première est que les connexions sociales sont très bonnes pour nous et que la solitude tue. Il s’avère que les personnes qui sont plus connectées socialement à leur famille, leurs amis, leur communauté, sont plus heureux, sont physiquement en meilleure santé, et vivent plus longtemps que ceux qui sont moins bien connectés. Et la solitude apparaît être toxique. Les gens qui sont plus isolés des autres que ce qu’ils souhaiteraient s’avèrent être moins heureux, leur santé décline plus tôt en milieu de vie, les capacités de leur cerveau déclinent plus vite, et ils ont des vies plus courtes que les gens qui ne sont pas seuls. 

2. Ce n’est pas la quantité des relations qui comptent mais leur qualité. 

Il s’avère que vivre au milieu du conflit est très mauvais pour notre santé. Les mariages conflictuels par exemple, sans beaucoup d’affection, sont très mauvais pour notre santé, peut-être même plus que le divorce. Et vivre au milieu de bonnes, chaleureuses relations est protecteur. 

Les gens qui étaient les plus satisfaits dans leurs relations à 50 ans étaient ceux en meilleure santé à 80 ans. Et les relations complices réussies semblent nous prévenir de quelques-uns des aléas du vieillissement. 

3. Les relations de qualité ne font pas que protéger nos corps mais aussi nos cerveaux.

Il s’avère qu’être dans une relation solidement fixée avec une autre personne pendant vos 80 ans est protecteur, que la mémoire des gens qui sont dans des relations où ils sentent vraiment qu’ils peuvent compter sur l’autre personne si besoin,  reste aiguisée plus longtemps. Et les gens dans des relations où ils ne sentent pas pouvoir compter l’un sur l’autre,  sont ceux qui ont expérimenté des déclins précoces de la mémoire.

Si chacun a sa définition du bonheur, je suis persuadé qu’il n’est jamais très loin. Je vous souhaite que vous le trouviez et que vous en tiriez profit.

Et comme mot de la fin, je vous souhaite tout le bonheur du monde :


Sur Youtube, j’ai trouvé également deux vidéos que je vous conseille vivement: 

What makes a good life? Lessons from the longest study on happiness | Robert Waldinger

 

Bonheur et COVID-19

Hupertan

MD, Urologue Sexologue à Paris

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